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Une légère préférence pour le conte .... ou lettre à Yannick

Hier soir j'ai vu le spectacle (quel en est le titre dÂ’ailleurs ? « Patchwork ? ») de Yannick Jaulin lors de la première journée du festival des Alpes-Maritimes et je me dis depuis (sempiternelle question !) cÂ’est quoi le conte ? Pour moi il porte un fond : un message originel, une transmission, un rituel, une écriture, une morale (même si je nÂ’aime pas ce mot), les rencontresÂ… Le conte porte aussi une forme : le théâtre, la danse, la musique, dans une école, une prairie, à la bougie, en hurlant, en slamantÂ… Le conte est un porte-parole, un porte-mentaux, on dévide nos chapelets de mots et peu importe la forme, le fond demeure. CÂ’est très ouvert, très libre comme définition du conte : dire tout en faisant tout. Alors dire nÂ’importe quoi en faisant nÂ’importe quoi cÂ’est du conte ? Par exemple faire un one man show dans un festival de contes, est-ce toujours du conte ?

Mais quÂ’est ce que le one man show ? JÂ’en ai pas la définition précise mais peut être bien une femme ou un homme sur scène qui raconte des histoires pour faire rire, pour dire (dénoncer, critiquer, transformer lÂ’ordre du mondeÂ…). Et hier soir bel exemple de bouffonnerie, de farce collégiale (ahh on sÂ’est bien marré !), des « balgues porris » (cf : le conteur lui même), de critiques acerbes sur la société, dÂ’observations de la société actuelles (politique, éducation, environnementÂ…). Le public est ravi, on « casse », on vient vous draguer, vous chercher sur votre chaise un peu avec force, en criant beaucoup, en utilisant que la voix de gorge (comment fait-il pour encore parler après presque 2 heures ?) avec un petit peu de mots durs, qui insurgent, qui dégouttent aussi (histoires dÂ’enfants massacrés par exemple), qui irritent, qui démangent. Et le public aime avoir mal, aime le rentre-dedans. Lorsque le spectacle nÂ’a ni queue ni tête, que le conteur ne finit pas les histoires, que lÂ’impro (préparé souvent, chorégraphié) est de mise, quÂ’on choppe deux personnes du premier rang comme bouc et miséeÂ… Ah làlàlà quelle régalade ! Pas de morale, pas de sens profond, à la fin on se dit quel grand bonhomme ! Quel plastique, quel show spectaculaire et puis quÂ’est ce quÂ’ils balancent, ah làlàlà et puis on vient nous déranger seulement là où çà fait du bienÂ… Ahhhh Yannick tu me fais rire !

A chaque conteur sa façon de raconter, et hier soir bel exemple de spectacle très personnel alors merci Yannick pour cette grande liberté de forme. JÂ’ai admiré aussi lÂ’expérience, le professionnalisme, lÂ’écoute, le bonhomme aussi et ce que jÂ’ai senti de tendre chez lui.

A chaque nouveau spectacle, un nouveau public ! Et cÂ’est tout aussi merveilleux de voir encore à lÂ’heure des télés réalités, de la grande consommation, de la communication sms-internet, des fast-foods, de la compétitionÂ… des êtres humains qui se rassemblent pour se poser et rêver. Il existe encore des publics qui aiment les silences, lÂ’attention, la poésie, les nuances, la douceur, la tendresseÂ… Certains conteurs proposent ce champ dÂ’expérimentations. Peut être participent ils à éduquer le public à se poser, à se raffiner, à regarder lÂ’intérieur plutôt que lÂ’extérieur.

JÂ’aime pourtant le gras, le gros lourd, « la cloture sous les fesses ». LÂ’année dernière on mÂ’a reproché dÂ’avoir été vulgaire à un spectacle. JÂ’avais mes raisons : attirer le public, le séduire, le choquer, le faire sortir de ses gondsÂ… CÂ’est formidable quand le public sÂ’en mêle, sÂ’exprime, fait des retours! Le public choisit ses contes et ses conteurs. Bien placé pour savoir quÂ’on ne fait jamais lÂ’unanimité (et tant mieux !) cette fois cÂ’est à mon tour dÂ’être public et de dire. Ainsi je ne cherche pas à réagir, à critiquer : quelle perte de temps Je soulève encore une fois des questions (sans réponse). QuÂ’est ce que le conte ?

QuÂ’est ce que le one man show ? Comment transmettre ? En force, en douceur ? En se montrant, en ne faisant voir que la grande personnalité du conteur, son égo ou seulement les histoires ? Laisser le public en paix ou choisir la mode : passer un bon moment en se poilant ? Pour ma part depuis ce matin une phrase de Sainte Thérèse de Lisieux sÂ’impose dans ma tête : « Je choisis tout ». Cependant, pardon Yannick, jÂ’ai quand même une légère préférence pour le conteÂ…


   

 



 
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