"Aujourd'hui, dans le langage courant, le mot "conte" désigne "tout récit constitué de faits et d'aventures imaginaires, destiné à distraire les enfants". Cette définition est suffisamment vaste pour englober pêle-mêle tout ce qui est censé constituer la littérature enfantine : albums ou textes d'auteurs, contes de Perrault, de Grimm ou d'Andersen, et même contes de tradition orale transmis aujourd'hui par les conteurs. Au contraire de "l'histoire" qui, dans son acception première, renvoie à un récit d'évènements mémorables se fondant sur une réalité, le conte appartient au monde de l'imaginaire et de la fiction. Le terme "conte" s'applique d'abord et essentiellement à désigner un récit en prose d'événements fictifs transmis oralement. Il est avant tout une production verbale liée à l'acte de conter, ce qui en fait une oeuvre mouvante qui "s'élabore, se modèle et se remodèle en même temps qu'il se transmet" (Nicole Belmont dans 'Poétique du Conte'). Sans auteur et soumis à la performance du conteur, le conte, à l'inverse du roman par exemple, ne se trouve jamais clos, jamais achevé, il reste toujours ouvert à de nouvelles réalisations. En dépit de son caractère labile, le conte obéit cependant à des critères stables, propres au genre, et que les conteurs connaissent bien. Si un même conte se réalise pour un même conteur d'une façon différente selon les situations, ou pour des conteurs différents d'une personne à une autre, il n'en reste pas moins défini par des éléments stables : une structure narrative, des motifs et des enchaînements d'épisodes spécifiques. C'est à partir de ces éléments stables que, au début de ce siècle,on a pu déterminer une classification internationale des contes, puis une classification nationale. Il s'agit, au plan international de The Types of the Folk-Tale de Antti Aarne et Stith Thompson, qui répertorie, dans sa dernière édition de 1973, deux mille trois-cent-quarante types de contes. En France, Paul Delarue et Marie-Louise Tenèze ont élaboré les quatre tomes du Conte populaire français : catalogue raisonné des versions de France et des pays de langue française d'outre-mer, parus en 1957 et 1985, puis réédités dans leur totalité en 1997. Le travail de catalogage aconsisté à différencier les contes entre eux, d'abord en catégories (contes merveilleux, contes d'animaux, contes facétieux, contes de randonnées, contes religieux, contes écologiques ...). A l'intérieur de chaque catégorie, on a ensuite classé les contes selon une typologie. Chaque conte-type renvoie à une organisation spécifique de séquences narratives et de motifs représentés dans un nombre plus ou moins important de récits, relevant tous d'une structure identique, appelés versions, recueillis à travers le monde. Les versions d'un conte en constituent donc des variantes possibles.... Toutefois, le conte ne saurait se résumer ni à un objet scientifique qu'il conviendrait d'étiqueter et de classer soigneusement, ni à un fait culturel du passé. La tradition du conte se poursuit, plus diversifiée que jadis, elle emprunte les voies que les développements technologiques (livres, cinéma, vidéo, etc.) lui offrent, tout en conservant une place privilégiée à la transmission orale. C'est qu'aujourd'hui encore, le conte de tradition orale garde toute sa beauté et toute sa puissance. Il réussit le tour de force de n'avoir rien d'autre à communiquer que le plaisir esthétique dû aux images poétiques qu'il suggère, alors même qu'il aborde des questions existencielles, philosophiques ou morales et qu'il met en éveil des fonctions mentales aussi importantes que la compréhension, l'imagination ou la mémoire. On peut envisager le conte selon le capital esthétique et culturel qu'il véhicule mais aussi selon le travail discret qu'il génère chez ceux qui le reçoivent : imprégnation de formes linguistiques et stylistiques, formation d'images mentales et stockage de ces images, rétention de thèmes narratifs et de récits entiers, compréhension accrue du monde. Cette dynamique justifie à elle seule sa présence et son importance dans les dispositifs actuels de transmission du savoir. |