Légendes du passé ? pas tant que cela finalement ... elles existent toujours, le public en a eu la certitude à cette veillée là. Parce que les histoires - affirme la conteuse - s'accrochent aux feuilles des arbres pour qu'un jour elles soient entendues par d'autres passeurs de mots, qui les raconteront à leur tour. Alors, dans ces conditions, elles ne peuvent que survivre au temps qui s'écoule, c'est aussi simple que cela. Voilà tout. Tonin, le collecteur de ces histoires, était présent lui aussi, dans le théâtre, à écouter une femme raconter ses mots. Nous ressentions l'émotion, presque palpable... Derrière lui, il y avait des gens qui retenaient leur souffle, pour entendre l'histoire de Césarine, de la fontaine chaude, de la fée qui accepte d'aimer un homme... Dans la salle, il y en a même qui ont dit avoir rencontré des fées au cours de leur vie ... A la fin du spectacle, nous avons pris le temps de parler, d'écouter ceux qui voulaient bien témoigner ... nulle envie de partir, aucun n'était pressé, il pleuvait dehors, on était bien là, au chaud, ensemble sous les lumières, entre ces murs de pierre. Les spectateurs ne se bousculaient pas vers la sortie, assis sur les sièges rouges, rouges théâtre ... tous ravis. Le présent nous rattrape. Il faut bien s'en aller, malgré tout. On emporte ces histoires, mais la magie continue quand même d'opérer quand les lumières de la scène s'éteignent, plus tard, parce que les murs du théâtre, eux, conservent aussi les mots de la conteuse. Les pierres doivent avoir une âme, se dit une spectatrice, il n'y a pas que les feuilles des arbres qui recueillent les mémoires des hommes. Un dernier coup d'oeil à la scène et la question monte aux lèvres : A quand le prochain spectacle ? Corinne Josseaux-Batavoine |