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"La force de la simplicité" ou le conte vu par les indiens Sioux-Lakota
Cette tradition orale sert à la fois à perpétuer la culture et à préserver le passé. Elle permet à une société ou à un groupe donné de perdurer d'une génération à une autre, en transmettant tous les éléments qui assurent la cohésion de sa structure et de sa raison d'être, tout en lui donnant une conscience de son histoire/.../ La même histoire est racontée plusieurs fois mot pour mot. Par conséquent, non seulement l'auditeur inscrit dans sa mémoire des informations anecdotiques (souvent empiriques) sur un  événement en soi, mais il apprend aussi comment on chasse le bison à cheval, comment on traite et prépare la viande ou encore comment fabriquer un arc ... De sorte qu'une bonne histoire bien racontée enseigne à la fois un aspect de l'histoire familiale et des savoir-faire d'une importance cruciale. Mais la valeur de cette tradition a encore une  autre portée. A son tour, l'auditeur transmettra cette histoire à ses enfants et à ses petits-enfants, en ne changeant rien à l'histoire. Cette histoire sera répétée de génération en génération aussi longtemps que le permettra le souvenir, mais elle restera toujours attribuée à son conteur initial, et son contenu demeurera inchangé.
Ces histoires parlaient aussi de la confiance, de la prudence, du fait qu'il ne faut pas se mêler des affaires des autres, du danger qu'il y a à juger seulement sur les apparences. Ces histoires étaient fréquemment des biographies familiales, regorgeant d'anecdotes sur des parents ou des ancêtres. Et aussi, cela va de soi, des récits d'événements majeurs du passé : une assemblée tribale mémorable, une catastrophe naturelle, ou bien une bataille. Au fil du temps toutes ces histoires demeuraient inchangées. Sauf, et c'était la seule exception, lorsque la mémoire du conteur commençait à se tarir. A ce moment les enfants - en âge d'entendre des histoires - étaient toujours là pour reprendre les hésitations ...
La tradition orale était également étayée par d'autres formes d'homogénéité. Ce pouvait être un mode d'expression particulier - des inflexions de voix, des pauses, des gestes - qui permettrait de transmettre intégralement le caractère et le ton d'une histoire. Parfois le cadre où l'on procédait au récit souvent le même - une certaine atmosphère, ou bien un lieu bien défini. Grâce à ce souci d'immuabilité, les histoires se perpétuaient, conservaient leur intérêt et faisaient écho à plusieurs niveaux. Elles incarnaient les voix du passé, qui résonnaient en profondeur, vibrantes de leur propre vie, et elles perdaient très peu de chose, si ce n'est rien, d'une génération à l'autre.
Chaque génération nouvelle comprend qu'il faut préserver les histoires, non seulement pour elles-mêmes, mais parce qu'elles incarnent des croyances, ou symbolisent des événements particuliers, et qu'elles témoignent d'une harmonie avec toutes les formes de vie /.../ La tradition orale indienne est un mécanisme très simple. Et elle a été conçue dans ce but. Il y a de la force dans la simplicité. La plupart des gens se rappellent mieux une voix calme et puissante qu'une voix stridente et superficielle. La tradition orale est  cette voix calme et puissante. Elle repose sur la patience et sur la persévérance. Voilà pourquoi elle a survécu jusqu'à ce jour, en prenant de nombreux visages et en parlant bien des langues. Et ces voix du passé, portées par les vents de la mémoire et la force de la simple tradition, peuvent continuer à nous parler. Elles nous relient à ce qui fut et parfois aussi à ce qui est.
Ce qui me semble juste c'est qu'il ne faut pas rejeter trop facilement la tradition orale en la jugeant peu fiable ou dénuée de fondement. Elle est aussi viable que n'importe quel aspect de nos cultures anciennes ou contemporaines. Elle s'avère être une composante solide et durable de nos identités de peuples indiens. Elle peut transcender le temps lui-même et donner l'impression qu'un événement du passé s'est produit il y a un jour à peine. Ou bien personnifier Iktomi (Le Divin Fripon) et remettre, pour ainsi dire, doucement quelqu'un dans ses mocassins, afin de lui donner une leçon sereine, mais nécessaire.
La tradition orale est le vent qui, à travers une ou cent générations, porte les voix des ancêtres que nous chérissons. Nous devons écouter leurs voix et transmettre leurs histoires, parce que ces dernières sont aussi les nôtres. Et lorsque nous serons nous-mêmes transformés en poussière, nos histoires demeureront et perpétueront l'essence de ce que nous sommes et de ce que nous avons été. Un jour, certainement, nous rejoindrons les autres voix dans le vent.
   

 



 
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